Les Courses

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La fille de la Rochelle : compte rendu du marathon la Rochelle 2009

Écrit par Cécile on .

Allez, cette fois-ci promis juré je fais court !!! D’abord parce que ce marathon de la Rochelle est un peu particulier puisque pas vraiment prévu… Bon vous me direz c’est presque toujours le cas avec moi, alors il faut que je trouve autre chose comme argument…

Petite genèse de l’aventure rochellaise : je crois que ça remonte aux 100 km de Millau en fait. Là sur la route, je fais connaissance avec Xavier, coureur poitevin qui connaît un peu mon histoire. Nous en arrivons forcément à discuter du marathon de la Rochelle qu’il court régulièrement mais où il a prévu d’être bénévole cette année. On va mettre ça sur le coup de la fatigue mais je crois me souvenir que j’ai du lui dire un truc du style : « tiens, si on le courait ensemble alors ? ». Bref quelques semaines après et un passage à Poitiers pour le déjeuner sur la route de mes vacances réthaises et c’est bouclé, je vais courir la Rochelle pour la 3ème fois de ma vie.

La première c’était ma toute première fois, la deuxième c’était la toute première fois d’Arnaud, ami de Brinouille et là ce sera ma toute première (et dernière !) sortie longue avant mon premier 24h. Je crois aussi que je vais arrêter de faire semblant et prendre mon dossard tous les ans au début des inscriptions pour arrêter de le payer plein tarif… J’y vais tous les ans de toute façon… Sans compter que l’année prochaine et je peux vous l’annoncer en scoop, je suis en train d’organiser un petit we course à pied – thalasso pour les 20 ans du marathon de La Rochelle pour vous les filles (et les garçons bien sur). Mais je vous en parlerai plus tard, là n’est pas encore le sujet même s’il va falloir que je fasse ça vite.

Bref je me suis organisée pour ne pas faire la route seule et j’ai proposé à Antoine, entraîneur à l’EAMYA, club de Moulins de venir avec moi, histoire de papoter et ne pas m’endormir au retour. Pour vous donner une idée du personnage, il est plutôt sur 100 bornes le garçon et il est arrivé 2 fois 2 ème à ceux de Chavagne.  Il a un record en 7h11… Comment dire ? Ce n’est pas tout à fait le même monde ! Il accompagne un jeune coureur déficient visuel sur la distance reine et on ne peut pas dire qu’il ramasse les pâquerettes puisque le duo a gagné Paris et La Rochelle l’année dernière en 2h50 (environ, on ne va pas chipoter… Si Antoine me lit il va me tuer !). Nous partons donc vendredi soir direction la maison de ma Maman à l’Ile de Ré. Arrêt diététique au Mac do bien sur où je fais semblant de prendre une salade, un morceau d’ananas avant de fondre comme une mouette sur un bout de pain après la traversée de l’Atlantique sur un mac furry kit kat caramel…

Arrivée tard le soir, une tisane et au lit. Malgré la couverture chauffante (j’en veux une pour Noël !!!), je vais mal dormir mais bon c’est la pleine lune et c’est récurrent chez moi en ce moment.

Lever à 7h puisque nous avons décidé de faire un chauffe gambettes perso avec Antoine et ce n’est pas le temps peu propice à la course à pied qui va nous freiner… Non c’est le vent de face à décorner les bœufs !!! Il me mène un train d’enfer bien sur, et je suis comme je peux pour ne pas donner l’impression que je ne suis pas au niveau ! Une vraie gamine… Bon ça ne suffira pas puisque moi je vais rentrer prendre une douche bien chaude sous le regard consterné de ma mère qui se demande bien ce que sa fille a comme problème existentiel grave pour faire ce genre de sortie pendant qu’il ira faire 10 min de 30/30 histoire de décrasser un peu !

Petit déjeuner déculpabilisé en raison d’une sortie à jeun et il faut repartir vers la Rochelle où m’attend Xavier pour le déjeuner. On va croire que j’ai passé mon we à manger !!! Mais ce n’est pas loin d’être le cas… Je lui ai demandé de m’organiser un plein d’embruns et d’iodes et c’est donc devant une quantité d’huitres plutôt impressionnante et tout simplement délicieuses que je vais préparer mon marathon. Bien sur il y a du vin blanc parce qu’on ne mange pas des huitres avec de l’eau, sacrilège !!! Et je ne parle pas du dessert (Brinouille et Kécily fermez les yeux s’il vous plait !)…  Ok je ne suis pas vraiment à fond dans ma course…

Heureusement, nous allons aller chercher nos dossards et pendant quelques minutes je vais redevenir une coureuse. Je vais même m’acheter un truc de coureuse !!! Quoi ? Ca ne compte pas si c’est pour la course ! J’ai maintenant une ceinture porte dossard (ok 2 mais l’offre était plus intéressante quand on en prenait 2…) avec une pochette extensible pour y mettre les gels et autres barres énergétiques.  Ça fait coureuse hein ? Ensuite direction le café de l’Aquarium pour retrouver la petite bande de CLM et Cafeuses réunies.

C’est très marrant comme rendez vous parce que le café est entièrement vide en raison d’une réservation pour soirée spéciale, il n’y a que nous, les serveurs et les requins. De les voir d’ailleurs là me rappelle qu’il y a peu je me baignais avec eux à Tahiti dans une eau chaude et bleu turquoise…

Direction maintenant l’hôtel où je dois passer la nuit, à savoir l’Ibis du vieux port. Sauf que par une confusion informatique, celui où je débarque ne me connaît pas. « Mais ma pauv dame, vous êtes à l’autre Ibis ! ». Donc pour faire court, je croyais dormir dans celui proche de l’arrivée alors qu’en fait je dors à celui prêt du départ. Bref me voilà partie avec ma valise à roulettes pour traverser le port, genre coureuse sdf cherchant abri pour dormir. J’arrive enfin chez moi (enfin mon chez moi pour une nuit) et je repars chercher ma voiture restée prêt de l’arrivée. J’en profite pour manger quelques pates pour me donner bonne conscience et une tarte tatin tiède avec crème et giclée de caramel pour me donner mauvaise conscience.

Histoire de passer le temps je vais tenter le match de rugby ce soir là mais moi s’ils ne sont pas tous nus sur un calendrier, je n’accroche pas… Je crois que je me suis endormie à la mi-temps mais bien sur j’étais réveillée pour la formidable émission « pêche, chasse et tradition » sur les coups de 3h du mat et la chasse à la bécasse n’a plus de secret pour moi…

6h30 du mat j’éteins mon réveil et je descends prendre mon petit déjeuner. Ils ont eu le droit à la vision d’horreur d’une blonde pas très réveillée, pas très coiffée non plus et pas du tout maquillée !!! Pour compléter le tableau, je n’ai fait aucun effort vestimentaire et je suis en jogging… Pitié je prie pour que je ne connaisse personne !

Me voilà donc devant le buffet, mon assiette vide dans la main droite, mon thé dans ma main gauche en train d’étudier ce que je vais bien pouvoir manger. Je m’amuse à observer ceux qui se servent autour de moi… Nous avons donc 2 écoles : la première, le coureur kenyan qui prend 4 crêpes, 3 croissants et 1 pain au chocolat (je vous jure que c’est vrai, j’ai compté !!!) ; la deuxième, le coureur amateur qui calcule dans sa tête la quantité de lipides du pain complet tout en se demandant si c’est bien raisonnable de prendre un yaourt nature, vu qu’il y a du lait et on sait ce qu’on dit du lait…

Je vais finir par avaler 4 tartines de pain, noyer tout ça dans un bol de thé et roulez jeunesse, ça ira bien pour cette fois ! Maintenant il faut passer aux choses sérieuses : comment est ce que je m’habille ? Je passe la tête par la porte d’entrée histoire de voir la température extérieure et y a pas à dire, il caille et surtout il y a du vent. J’ai 2 options comme au petit déjeuner : la robe de course achetée à NY (oui je sais Ken j’avais dit que je ne n’achèterais rien mais elle était soldée à 40% !!!) et mes manchons ou alors la jupette noire qui a déjà couru NY et le tee-shirt turquoise manches longues que j’adore acheté le lendemain du marathon de NY en souvenir et qui met si bien mes yeux en valeur… Quoi ? Oui je sais je cours tellement vite que personne n’a le temps de voir que mes yeux sont mis en valeur mais ça me fait plaisir !

Il faut se rendre à l’évidence, s’il pleut le tissu de la robe un peu épais va peser le poids d’un âne mort... Option raisonnable adoptée ! Je redescends dans le hall de l’hôtel pour rendre ma clé et j’apprends que oh miracle, ils peuvent garder les bagages et que surtout ils mettent à disposition des douches pour les coureurs à leur retour. J’explique bien au monsieur que je ne cours pas en 3h et qu’il va falloir m’attendre un peu mais apparemment il comprend très bien la chose. Je confie mes bagages ravie de la nouvelle mais je lui précise que je reviens parce que je dois aller chercher d’autres chaussures dans ma voiture. « Ah bon celles là ne conviennent pas ? ». « Ben non elles sont noires et parme, et mon tee shirt est turquoise… Il faut que j’aille chercher mes nouvelles newton (qui en plus courent trop vite !) restées dans le coffre après leur baptême du feu sur les plages réthaises ». Vous auriez vu sa tête ? « Quoi ? Vous choisissez vos chaussures en fonction de vos tenues ? » Ben oui !!! Quelle question voyons !!! Ah ces hommes !!!

Me voilà enfin prête à rejoindre les copains à l’hôtel Mercure. Je vous passe la découverte du notre cher Pierre puisque vous avez vu les photos mais oui je dois l’avouer : je suis super jalouse de son costume. Le rendez vous est assez rapide, trop même et il faut déjà rejoindre les SAS. Xavier est arrivé et nous faisons un dernier point technique : 4h vitesse tranquillou, voir 3h59 et 59 sec. Ce serait parfait mais je sens que le temps ne va pas être forcément de la partie et le vent peut être un ennemi terrible.

Dans le sas je tombe sur Mime alias Myriam avec qui je discute non pas course à pied mais glaces devant l’air assez atterré de nos voisins coureurs super sérieux qui se demandent bien ce que des femmes viennent faire ici. Bon ce n’est pas tout ça mais nous sommes là pour courir et c’est parti kiki comme dirait Paul Aimé mon petit dernier. Comment vous parler de cette course sans vous ennuyer ? Pas facile parce qu’en fait quand j’y repense tout s’est plutôt bien passé. Je n’ai pas quitté Xavier d’une semelle sauf quand il faisait son zébulon pour aller me filmer (2 sec les images vont arrivées !) ; j’ai rencontré une copine Isabelle qui était à NY d’ailleurs et nous avons papoté facilement 15 km ; Xavier a tenté de temps en temps de faire chauffer le diesel que je suis devenue ; on a croisé Eric quelques km… Bref un marathon tranquillou bilou. Avantage non négligeable et j’en profite pour la remercier ici publiquement : le soutien logistique de Bénédicte, l’épouse de Xavier. Elle était là au départ, au 13 ème km pour récupérer mon blouson et surtout à l’arrivée où elle me l’a rendu m’évitant ainsi d’attraper une pneumonie, tout en étant bénévole sur le stand des fameux coupe-vents, qui dit mieux !!!

Nous étions partis sur une base de 4h et nous avons mis 4h01 ce qui est parfait pour moi. Le but était avant tout de tester la théorie Pconvert à savoir « tu vides les glycogènes 8 jours avant une course et tu stockes ensuite », enfin quelque chose dans ce goût là. En tout cas des marathons comme ça, bichonnée, chouchoutée du début à la fin moi j’en redemande !!!

Le retour à l’hôtel sera très drôle puisque la première question qu’on va me poser c’est « alors ces nouvelles chaussures, elles courent vite ? ». Ils sont tout simplement adorables, s’occupent de mes bagages et je profite de l’attente pour la douche pour rassurer les troupes qui n’ont pas vraiment besoin d’être rassurées d’ailleurs. Après avoir repris aspect humain je vais récupérer Antoine qui bien sur a gagné avec son jeune comparse dans sa catégorie mais je m’en doutais un peu. Nous allons repartir vers notre Auvergne tout en refaisant le monde et en se demandant bien quelles courses nous allons bien pouvoir faire !

Merci à Xavier qui a réussi l’exploit de me faire courir un marathon sans que je vois le temps passer et rendez vous à l’Ecotrail en mars.

Cécile qui est morte de trouille pour vendredi

Ps :

-          bien sur que j’ai mangé une glace sur la route du retour quelle question !!!

-          ça pour stocker, je stock… je déborde même !!!

 

 

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Vidéo du marathon de New York 2009

Écrit par Cécile on .

NYCM_40th_NEWS

Je trouve que cela parle autant que tous les CR du monde !!!

Voici donc la vidéo du marathon de New York 2009 filmée par ma petite caméra (au demeurant je vous mets le nom parce que je la trouve vraiment super et cela peut intéresser quelqu'un : kodak Zi6) et surtout montée et mise en musique par Olivier, qui en plus d'être un excellent coureur est un monteur émérite !

lien vers son blog

Le CR de cette course


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24h d'Aulnat : le compte rendu de Vincent Allier

Écrit par Cécile on .

Ceux qui me suivent depuis quelques temps le savent j'ai une affection particulière pour le marathon d'Avermes organisé à côté de chez moi par Gérard Allier. Celui-ci a un fils et je vous le donne en mile, il court lui aussi !!! Il s'est aligné sur le 24h d'Aulnat il y a 15 jours, course à laquelle j'ai failli participer. Si j'ai choisi Paris finalement c'est plus pour ma famille : entre passer un we à Paris à aller voir les vitrines de Noël et un we à Aulnat le choix a été vite fait.

Afin de vous donner une idée de ce que représente ce type de challenge un peu fou il faut bien l'avouer, j'ai demandé à Vincent la permission de publier son compte rendu.
Je l'en remercie !

Bonne lecture

Barbie

 

Le weekend du 7 et 8 novembre 2009 vous faisiez quoi ?!!

Samedi 7 novembre 2009, 10h55’, je suis à Aulnat dans le Puy-de-Dôme en tenue de course, debout, je piétine à quelques mètres d’une ligne de départ d’une course à pied. A côté de moi, environ 165 personnes attendent aussi le signal de départ, ce dernier est un peu particulier, en fait c’est le début d’un compte à rebours, à quelques pas de la ligne : un compteur, mes yeux le croise et je n’ose imaginer les calculs qu’il va engendrer dans ma tête. Il est 11 heures, çà y est, c’est le départ, un départ dont l’arrivée est exactement au même endroit dans... 24 heures.

Il faut se mettre en position course lente, arrêter de se demander si on n’a rien oublier pour l’assistance, si on a vraiment ce qu’il faut en tenue de rechange, si on a bien pris les aliments qu’il faut pour les ravitaillements, si on a bien dit à ceux qui ont subit un peu la pression les jours précédents qu’on est “quand même” là parce qu’on l’a choisit, enfin, s’arrêter de se demander et se demander de ne plus s’arrêter. Avancer, puisqu’on est là pour çà : faire  un tour en “circadie”, deux tours de cadran et des tours d’un circuit de 1342m.

Voilà mon second 24 heures qui commence, six ans après celui à Saint-Maixent et un bonheur absolu m’envahit comme si le temps s’arrêtait et venait se caler sur mes foulées, comme si une liberté infinie où échappant à la mort je me plongeais dans l’ivresse d’un rêve d’enfant capable de voler.

Il est 14 heures mon organisme commence à se “réveiller”  encore chargé des apports glycémiques de cette dernière semaine, j’approche des trente kilomètres, j’ai presque terminé mon vingt-deuxième tour mais depuis un long moment déjà l’affichage du chronomètre n’indique plus que le temps écoulé, nous ne saurons nos kilomètres et nos places que bien plus tard dans la nuit, il y a des soucis au niveau du contrôle des tours : les puces électroniques dans nos dossards ne fonctionnent pas toujours au passage du portique, des coureurs sont embarrassés car ils ne savent pas leur moyenne de course et sur ce genre d’épreuve nombreux sont ceux qui ont des “tableaux de marche” , en ce qui me concerne je n’ai absolument rien prévu pour cette deuxième tentative, j’ai souhaité fonctionner totalement au feeling tant au niveau de l’allure que de l’alimentation et de la boisson, je fais confiance aussi à mon assistant qui connait les épreuves longues et saura me conseiller le cas échéant suivant mes ressentis.

24h

Arriver à la sixième heure et se dire que çà peut continuer toute la vie ainsi, hélas ce n’est déjà plus tout à fait cela, malgré une alimentation régulière et absorbée par petites quantités, j’ai eu quelques difficultés gastriques qui m’ont imposé des arrêts éclairs aux toilettes. Le froid et les averses à répétitions ont eu raison d’une digestion déjà difficile en courant. Il est 17h04 je boucle mon quarante quatrième tour j’ai parcouru 59 kilomètres et j’attends la nuit avec impatience car je sais que le soleil couché, c’est un peu une nouvelle course qui commence. Voilà 6 heures de course et quelques inquiétudes viennent brouiller mon esprit : il faut impérativement continuer à s’alimenter mais je n’ai déjà plus trop envie de quoi que ce soit, je commence à avoir un nœud à l’estomac qui repousse systématiquement toute alimentation sucrée ou salée, Olivier, mon assistant me conseille de manger solide : pain, purée... j’essaye et j’en profite pour marcher en avalant un peu d’eau gazeuse, je vais faire cela sur plusieurs tours ; mon père, Marie et nos filles sont arrivés à la nuit tombante, voilà quelques mains précieuses et soutien psychologique important à l’entrée de la nuit.

Je décide de m’arrêter quelques minutes pour revêtir une tenue plus chaude pour la nuit et j’en profite pour me faire masser, je crois qu’à ce moment là, déjà, je détecte une gêne au niveau externe de mon genou gauche mais bon, je ne m’inquiète pas trop, çà fait 9 heures que je cours et je totalise un peu plus dev84 kilomètres, alors les douleurs à ce stade de la course commencent, naturellement, à poindre doucement.

Ce qui me contrarie, c’est plutôt le sentiment que les heures ne s’égrènent pas vite et je me mets à calculer peu après mon centième kilomètre en 10h55’, il est presque 22 heures je m’accorde quelques minutes dans la camionnette pour manger des pâtes chaudes sous les conseils précieux de Nicolas (mon beau-frère), qui lui aussi connait bien les épreuves longues (diagonale des fous à La Réunion, vainqueur du Raid des Trolls en Norvège en 2007 etc.) mais il y a là aussi Killian, mon neveu, Nathalie et Pascal des amis de longue date et qui eux aussi ont de bonnes notions sur les efforts longs, d’ailleurs ils arrivent des 100km de la Châtaigneraie (Cantal) où Pascal a couru avec son équipe du Clermont triathlon.

Je suis dans la camionnette, je vais repartir et c’est une période de la course vraiment difficile à gérer psychologiquement : 11 heures de course, même pas la moitié, et des douleurs aux jambes, aux cervicales et à ce genou gauche de plus en plus difficile à remettre en position course. Le parcours est une boucle avec de nombreux virages, dont certains assez serrés à gauche ce qui occasionne un déséquilibre dans la position à répétition. Les tendons et les ligaments souffrent, la température est assez basse et la respiration par la bouche devient irritante : mes lèvres sont gelées et je dois me couvrir la bouche et le nez pour continuer.

23 heures enfin la moitié : 80 tours et cent sept kilomètres au compteur. Le compte à rebours peut alors commencer dans ma tête. Je me fixe un premier objectif kilométrique à 150 et je vais passer un bonne partie de la nuit à courir à un rythme au-delà de ma moyenne. Toutefois les douleurs sont à ce moment pas plus intense à une cadence un peu plus élevée, alors j’en profite en me disant que ce qui est parcouru vient s’ajouter au compteur. Il est 2h42’, presque 137 kilomètres, je viens de faire mon 102ème tour en un temps record de 7’08” soit une moyenne sur ce tour à peu près de 11,5 km/h après 15 heures 43 minutes de course !!! Du grand n’importe quoi ! Je suis en orbite à force de tourner avec les étoiles j’adopte la possibilité d’être moi-même en apesanteur, c’est une période où l’endomorphine sécrétée par mon cerveau se fait ressentir d’une manière nette : je vais bien, la douleur est toujours là mais j’arrive à focaliser mon attention sur les chiffres, je suis à une dizaine de kilomètres des 150 et c’est une marque importante cela signifie que je serai à 22 km de mon précédent record (172,107km). Je me dis que si çà peut tenir ainsi, vers les 4 heures du matin il me resterait un gros semi-marathon à parcourir en... 7 heures ! Ca me parait donc envisageable et il va falloir s’accrocher encore les heures qui viennent.

Dimanche 8 novembre, 4 heures du matin : “ tout va bien ”, 112 tours, 150 kilomètres, je suis passé de la 46éme place (samedi 13h30) à la 9éme place (dimanche 5h11), il y a eu pas mal de casse, dans la nuit froide beaucoup sont rentrés au chaud ! A partir de ce moment je guette à chaque tour l’horizon à l’Est car la nuit est longue et j’ai hâte de voir le jour chasser la nuit, comme s’il allait aussi chasser mes douleurs, notamment au genou, qui deviennent omniprésentes en mon esprit : chaque foulée depuis des heures est un choc douloureux, à chaque phase de marche pour manger, il faut se remettre à courir de manière très progressive est très lente car l’articulation me dit “stop”. Je serre les dents, je ne veux pas lâcher, j’approche des 160 kilomètres. Survient alors un évènement inattendu à une période où la souffrance me ferait oublier mon nom, Olivier mon cher et précieux assistant est contraint de partir pour des raisons familiales ; le départ a été donné il y a 18 heures et 24 minutes j’ai parcouru 161 kilomètres et je suis dans un état de fatigue tel que je n’imagine pas comment je pourrais faire seul. Olivier prend la décision d’appeler alors mon père qui est hébergé pour l’occasion chez ma sœur à quelques 25’ de là. Cela me permettra de reprendre un peu de confiance et je me fixe 170 kilomètres avant qu’ils arrivent avec Killian.

Certains amis sur le circuit, coureurs, me donnent quelques conseils importants, notamment Daniel Terranova et Yves Chomont, vainqueur il y a un mois auparavant des 24h de St Laurent du Pont avec 213,9 km ! Je suis là, au milieu de mes “idoles” encouragé par elles-mêmes et pourtant le déclin stigmatise mon organisme, comment rester en piste encore 5h30 ?! Mon corps tout entier réclame l’arrêt total et ma “tête” repose maintenant entre les mains de celui qui m’a donné le gout de la course à pied, ce subtil mélange de joies et de souffrances, celui qui m’a montré le chemin il y a 30 ans alors que je n’avais que 7 ans, mon papa m’a montré que j’étais capable de faire de nombreux kilomètres si j’étais conscient de mon rythme et me voilà aujourd’hui : dimanche 8 novembre 2009 avec 170 kilomètres dans les jambes, il va arriver, je sais qu’il sait, je veux juste entendre les mots qui raisonnent si fort dans ma tête : “c’est bien mon fils”, et voilà j’ai compris, parfois il faut se retourner et regarder le chemin parcouru, maintenant la souffrance n’est qu’une question de quelques heures, elle s’arrêtera en grande partie avec le chrono. Ce n’est pas le cas pour tout le monde sur cette terre alors j’essaye de positiver et j’avance. Il est 7h, 20 heures de course j’ai fait 129 tours et 173 kilomètres, je viens d’effacer mon précédent record. Je m’arrête pour boire un thé chaud très sucré, je marche quelques mètres, Marie est là avec Noëlie 11 ans notre fille ainée, Maureen ma nièce et Lysa ma puce de 5 ans. Il y a aussi ma sœur, tout ce petit monde fera quelques tours successivement avec moi, je sais que l’organisateur ne souhaitait pas d’accompagnateur mais je demande aux filles de marcher à côté de la piste.

Le jour s’est levé maintenant complètement et certains, partis se reposer dans le gymnase la nuit, ont regagné le circuit. Un gymnase chauffé avec des matelas pour se reposer, souvent je passe à côté et j’imagine le bonheur de pouvoir s’y installer quelques instants mais je sais aussi que si je rentre je ne pourrais pas en ressortir ! Il est 9 heures mon genou me contraint à la marche depuis 2 heures, il m’est tout à fait impossible de courir, en revanche je marche à une moyenne de 6km/h environ mais pour combien de temps ? Cette marche rapide est assez douloureuse et je compense sur la jambe droite, du coup de nouvelles douleurs au niveau des hanches. Il est 9h04’ j’ai 138 tours d’affichés soit 185 kilomètres il me reste un peu moins de deux heures mais je sais maintenant que je m’arrêterai avant la 24ème heure, je veux atteindre la marque de 190 km c’est 4 tours de ce foutu circuit, je boucle le 139ème en 14’21” soit près de deux fois plus de temps qu’au début, c’est vraiment très long et les trois dernières boucles me paraitront interminables ; je passe sous le portique signifiant pour moi la fin, mon père essaye une dernière fois de me relancer pour tenir les 50 minutes restantes, je luis dit simplement les yeux dans le brouillard que je me pose à la camionnette pour attendre le mesurage officiel.

24h_aulnat

Il est 10h09’ j’ai avancé à une moyenne de 8,22km/h, je suis 13ème homme, 4ème sénior, j’ai 23h10’ de course dans les pattes et j’ai couru 190,635 km. Maintenant il pleut, même sur mon visage à l’intérieur de la camionnette !

chrono

- quand tu pleures de joie ne sèche pas tes larmes tu les voles à la douleur

- Je sais que le soleil, lui, continue sa route, il s’est couché avant moi, je l’ai attendu toute la nuit on est quitte.

Pour le moment j’entends le compte à rebours, les jambes allongées se sont raidit au point de ne plus pouvoir se plier, les secouristes pensent qu’il est préférable d’appeler les pompiers qui m’emmèneront au CHU de Clermont-Ferrand.

Là, alors que je pense à tous mes copains de course qui se retrouvent autour de la proclamation du palmarès, un médecin urgentiste me demande pourquoi ce genou si enflé ? Comment lui expliquer alors que je n’en ai même pas la force ? Je lui dit simplement et fièrement que j’ai couru 190 km durant 24 heures. De toute évidence en voyant l’expression de son visage, il ne me comprend pas, qu’importe, il m’envoie en radiographie. Il revient au bout d’un certain temps où dans cette pièce glauque éclairée au néon je refais une partie de mon aventure allongé sur un brancard, les radios ne décèlent rien d’anormal : il s’agit d’une grosse inflammation des ligaments et tendons : repos et patience.

Courir 24 heures est une aventure intérieure extrême, c’est une chose dure mais extraordinaire à vivre, il ne subsiste rien de la souffrance une semaine après que des souvenirs incroyables et des émotions inénarrables.

Pour finir je veux remercier :

Olivier qui est venu de loin pour m’assister et me soutenir, ma soeur Florence et Nicolas pour l’hébergement, les pâtes magiques et leur soutien logistique, à ce propos Nicolas je sais maintenant pourquoi tu es si fort : tes gels énergétiques c’est de la dynamite !

Killian toujours prêt à aider son oncle et pour ses massages légendaires, Maureen et Noëlie pour leurs mots d’encouragements, elles ont su me parler quand il fallait et se taire quand j’avais besoin d’être seul, elles m’ont vraiment aidé moralement dans les trois derniers tours. Serge T, qui est passé samedi soir, un athlète qui m’inspire le respect quand je sais la quantité d’entrainement qu’il est capable d’encaisser pour le triathlon, Philippe MSL qui était là au milieu de la nuit dans le froid pour nous apporter un peu de chaleur par ces encouragements et que j’aurais plaisir à retrouver à Avermes au mois de juin, Pascal et Nathalie, des épaules rassurantes, je pourrais leur demander la lune (d’ailleurs je crois bien que c’est eux qui me l’ont amené samedi soir !), mon père, 71 ans il courait le marathon de Decize il y a un mois et demi en 4h15 et les 50 km des Dômes en 5h16’ il y a 3 semaines, je sais qu’il totalise à peu près 80000 km en courant alors je ne vous ferai pas la liste de toutes ces courses, je dirais qu’il est le seul à avoir couru tous les 100 km organisés il y a quelques années dans l’Allier - de mémoire 9 sur Montluçon et 2 en montagne bourbonnaise - je ne parle pas des autres Millau, Chavagnes en Paillers, Belvès, son expérience aussi sur 24 heures au Puy en Velay avec 164 km...etc. Je remercie bien sûr ma petite Lysa qui se demandait bien pourquoi elle devait aller dormir quand son papa continuait à courir. Je remercie ma maman pour ses “petits conseils” et bien sûr ma chérie, Marie, d’avoir supporté mon humeur en dents de scie les jours précédents !!!


Vincent Allier

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Millau 2009 : la dream team

Écrit par Cécile on .

Je dédis ce texte à Guillaume que je remercie publiquement de m'avoir désobéi et d'être venu quand même alors que je voulais y aller seule. Quand il s'est engagé il y a quelques années à mes côtés pour le meilleur et pour le pire, je ne suis pas sure qu'il envisageait un jour de faire 100 km à vélo sur les petites routes de Millau...

Millau_2009_-_Barbie_-_177

Vous avez suivi ma préparation pendant des semaines, les moments de mieux, les moins biens jusqu'au grand jour ! Lorsque j'ai fini Millau l'année dernière, heureuse d'être arrivée au bout de ce qui était pour moi un grand pari contre moi-même, je savais également que je valais mieux. Tous les pros que j'avais rencontré, questionné m'avaient tous dit la même chose : pour le premier il faut savoir resté humble, avancer sans regarder son chrono, ce que j'ai fait.

J'ai tout de suite pensé au suivant et arrêté mon choix sur Millau de nouveau pour avoir une référence. Il était évident pour moi que je ferais moins sur un 100 bornes plat donc pour comparer il fallait revenir au même endroit.

Plusieurs changements pourtant : question mental, j'ai vécu la Trans'aq, ce qui m'a quelque peu conforté dans ma capacité à encaisser les km ; question logistique, Ken est du voyage et ça va sérieusement changer la donne ; question entourage, il y a pleins de copains et de copines !!! Youpi !!!

Pour la suite de mon récit, si cela ne vous dérange pas, Ken va redevenir ce qu'il est pour moi à savoir Guillaume. Cette course, cette journée c'est notre aventure commune, celle de notre couple et chez nous Barbie et Ken n'existent pas. Ce n'est d'ailleurs pas lui qui a choisi ce pseudo, ce n'est que la conséquence du mien qui est lui-même la conséquence d'une réflexion d'une copine de maternelle de ma fille, c'est dire... Quand j'ai participé à mon premier Millau, j'ai voulu y aller seule. Ne sachant pas du tout ce qui pouvait se passer, je ne voulais pas lui imposer une longue retraite de Russie, la vision de sa femme trainant la patte en pestant après son irresponsabilité. Mais après avoir réussi mon premier pari, j'ai aussi compris une chose : un accompagnateur pouvait grandement changer les choses. Comme en plus je savais que Guillaume pouvait assurer question vélo, je lui ai proposé de se joindre à l'aventure. Il n'est pas complètement exclu que ce soit une petite vengeance des années après d'un premier we passé ensemble où il avait décidé de me tuer sur les petites routes auvergnates. Je lui en ai voulu sur le coup (mes cuisses aussi d'ailleurs !), voyant là une technique de test « spécial petites amies potentielles » ! Bref, la fille est rancunière et il allait voir ce qu'il allait voir sur la montée de St Affrique...

Comme d'habitude nous sommes totalement désorganisés mais ça c'est une marque de fabrique maintenant et c'est le vendredi même que j'appelle Olivier pour lui demander s'il n'aurait pas de la place dans le gite qu'il a loué pour 2 SDF. Départ plus que tardif pour rejoindre Millau mais nous pouvons retirer les dossards le matin même, ce qui est un sacré avantage dans notre cas. Au début nous avions prévu de diner en arrivant mais l'heure passe et je me dis que question digestion cela ne va vraiment pas être terrible. Et puis surtout j'ai faim !!! Arrêt à la station service de l'Aveyron sur l'autoroute pour un pique nique tout ce qu'il y a de plus n'importe quoi à la veille d'une course pareille : salade de pâtes déjà préparée au pesto pour être sure de pouvoir dormir tranquille parce que mon haleine pourrait faire fuir un marin qui a passé 6 mois en mer en célibataire, un taboulé plutôt pas mal et un petit jockey parce que j'aime ça. J'en profite pour faire du repérage pour le lendemain. Normalement nous avons prévu de repartir directement après la course pour rentrer chez nous et être là dimanche matin pour le petit déjeuner, je sais donc déjà que mon diner post course se fera au même endroit. Je suis sauvée, ils ont une réserve de magnum qui devrait tenir jusqu'au lendemain soir.

Arrivée un peu tardive sur les hauteurs de Millau avec un seul regret : ne pas voir ça de jour ! Mais bonheur de retrouver Olivier qu'on ne présente plus, son accompagnateur attitré Jean et mon Basilio. Il faudra l'intervention de Guillaume pour que je vienne me coucher... Je sens bien que Basilio est déçu que je ne dorme pas avec lui mais il est déjà loin le temps de la Trans'aq !!!

J'arrive à dormir correctement ce qui est déjà pas mal. Réveil difficile et même la douche n'y fait pas grand-chose... Mais qu'est ce que je fous encore là ? C'est toujours la question que je me pose alors que j'attaque mon gatosport. Je pourrais être chez moi tranquille en train de manger des tartines de pain frais avec beurre demi-sel et confiture d'oranges amères, le tout trempouillé dans mon thé vert, et ben non... Je suis là en train de faire une étude comparative entre overstim et D4 ! Tu me diras, il y a pire : il y a le vélo de Jean... Il est 7h du matin, son propriétaire ouvre l'œil (il faudra attendre comme dans la pub, le bol de ricoré pour que le 2° s'ouvre !) et il est toujours là démonté dans la salle à manger. Ils ont l'air zen les garçons... Je nous trouve presque professionnels du coup à côté.

Direction Millau pour le retrait du dossard et les derniers préparatifs. Comme nous sommes là de bonne heure, pas de souci pour se garer. Je fonce à la salle polyvalente laissant l'homme aux préparatifs techniques. Bien sûr je tombe sur des copains et je dois finir par courir pour retourner à la voiture parce que l'heure tourne. Je me marre parce que je croise des couples d'un jour, un coureur et un cycliste prêts à en découdre et je me dis que nous allons faire tache dans le paysage : je suis en robe et Guillaume a adopté le look « j'ai un départ de golf à 14h, je suis juste là pour quelques minutes »...

Je prépare les paniers et là il faut bien le dire, nous allons continuer dans le grand n'importe quoi, à savoir : je prends tout au cas où ! J'ai un stock de gels qui devrait me permettre de faire 2 fois les 100 km de Millau, 6 briquettes de jus de raisin pour ma boisson maison que je teste le jour même d'ailleurs, des canettes de coca zéro donc sans sucre donc sans intérêt pour la course sauf que j'aime ça au goût, des bonbons énergétiques powerbar jamais testés en course non plus maintenant que j'y pense (je les ai acheté sur le stand à Gérardmer), des gâteaux au sésame gerblé parce que j'aime ça, des palmito parce que j'adore ça et une seule compote (vous comprendrez pourquoi plus tard le sens de cette allusion !). Je prends un blouson pour l'arrivée la nuit parce qu'il va faire froid, de l'huile à l'arnica weleda, de la crème anti frottement puisque Cécile m'a piqué Eric !

Je laisserai à Guillaume le soin de décrire son propre ravitaillement qui n'était pas triste non plus. Il ne faut pas oublier non plus l'appareil photo et la mini caméra sur le guidon...

Direction le parc pour la photo traditionnelle de tous les CLM et CAF réunis pour la grande occasion et les vélos nous quittent. Ils doivent partir à 7 km de Millau pour récupérer leur compagnon de route pour les 93 km suivants. Comme d'habitude, Basilio a des soucis techniques au départ et comme d'habitude Eric tente de régler ça... Le départ est euphorique alors que nous sommes plusieurs à avoir déjà couru la distance et à avoir une vague idée de ce qui nous attend. Comme prévu je pars avec Olivier. Je sais qu'il va me faire partir trop vite et que moi je vais le ralentir mais c'est comme ça, on ne change pas une tradition. Je constate aussi un truc positif : j'ai moins de cheveux et c'est beaucoup plus agréable comme ça. Quelques jours auparavant je suis arrivée dans le bureau de Guillaume avec une paire de ciseaux et je lui ai dit : « vas y coupe, je veux être à l'aise pour Millau ». Quelques secondes après j'ai juste entendu : « tu les voulais bien courts hein ? ». De toute façon c'est fait, j'ai un carré long et ça tombe bien il parait que c'est à la mode. En plus ça me fait perdre, allez 300g sur la balance... Du coup j'ai sorti l'arrache poil et je suis partie à l'attaque de mes mollets pour gagner au moins 50 g de poils... Voilà, vous savez tout !!! Mon secret est révélé, vous savez pourquoi j'ai pété le chrono à Millau !!!

Allez, j'arrête de délirer et je reviens sur le bitume, toujours accompagné d'Olivier que je colle parce qu'il a eu l'idée intelligente de prendre son portable si nous n'arrivions pas à attraper nos comparses au vol. Nous arrivons dans le village, lieu de rendez vous et nous tournons la tête à droite puisqu'avec un dossard pair il doit être rangé là. Bien sur pas de Guillaume, bien sur il s'est mis à gauche (fils de prof va !!!) et bien sûr c'est un peu le cafouillage pour se retrouver.

Notre duo est reconstitué et Olivier me lâche lamentablement en me laissant sur place du style « bon t'es mignonne mais je vais me mettre à courir maintenant »... Je ne le reverrai qu'à St Affrique, moi arrivant, lui repartant. Je jette mon coupe vent dans le petit panier avec mon GPS puisque dorénavant l'homme va se charger de tout ça. Il a tout préparé, nos temps de passage et tout et tout, se basant sur les chiffres donnés par le meneur d'allure des 11h30. Je sais que je ne pourrai pas atteindre ce chiffre mais cela va nous donner une référence. On s'organise rapidement, je mets mes gourdes à l'arrière pour boire sans le gêner et c'est parti mon kiki pour 93 km à l'aventure.

Qu'on le veuille ou non, le premier marathon se la joue cool je trouve. D'accord surement pas du côté des élites qui doivent faire autre chose que papoter gaiement mais de notre côté ça rigole, ça discute, bref l'ambiance est détendue. Plusieurs personnes me reconnaissent, viennent discuter avec moi et Guillaume découvre l'effet Barbie. Il faut vous avouer quelque chose : certes je suis totalement inoubliable comme fille mais Guillaume a installé sur son vélo 2 pancartes avec écrit dessus : « team officiel Barbie ». Evidemment il est plus difficile d'être incognito dans ces conditions...

Ce qui est très amusant c'est que très vite nous allons créer un petit groupe de coureurs qui va se retrouver à plusieurs moments sur la course. Il y a des anciens de la Trans'aq qui n'engendrent pas la mélancolie, un coureur qui a en commun avec moi le marathon épique du Mont Saint Michel sous des trombes d'eau et bien sur Géraldine qui apparaît accompagnée d'Eric et leurs fidèles accompagnateurs en vélo j'ai nommé Cécile et Nicolas. Pour l'instant tout va bien, même si le parcours commence par moment à grimper un peu. Je saute les ravitos comme prévu me servant directement dans les miens. J'ai décidé de commencer à manger dès le 10 km en alternant barre normale (abricot chez D4, trop bonne !!!) et produits énergétiques purs. Comme on ne se refait pas, j'ai choisi la forme bonbons que je trouve beaucoup plus agréable non seulement au goût mais aussi à mastiquer. Cette belle théorie ne va pas durer longtemps je vous rassure !

Les choses se gâtent quand nous croisons Ronald. Il est mal et j'ai compris à l'instant où je l'ai vu que c'était fini pour lui. Il irait au marathon mais pas plus loin. Nous continuons la route après l'avoir soulagé du poids de son sac, digne de la Trans'aq plus que d'une course avec ravitaillement assuré. Guillaume a prévu de lui laisser à l'arrivée du marathon et nous espérons tous les 2 que les bénévoles joueront le jeu de prendre un sac sans étiquette. Je continue ma route tranquillement avec un Guillaume plutôt content, prenant photos et dégustant son sandwich en me disant « t'en veux ??? » sourire en coin. Il fait chaud, je commence à sentir que la balade va être un peu plus difficile que prévue...

Nous arrivons à Millau. Comme prévu l'histoire du sac n'est pas simple. Je fonce me faire pointer et j'abandonne Guillaume à sa mission « il faut sauver le sac de Ronald ». Nous avons convenu que de tout façon je repartais seule et qu'il me rattraperait plus tard. Je sais qu'il y a la montée du viaduc et qu'il va me falloir du temps. Officiellement j'étais sensée manger à ce moment là mais là pour la première fois de ma vie de coureuse, je n'ai envie de rien. Je me contente de me tremper au robinet à la sortie de la salle et c'est avec un buff dégoulinant dans le cou que je repars. Je suis inquiète parce que je sais qu'il faudrait que je mange mais l'idée même d'avaler un truc me donne la nausée. J'ai arrêté le jus de raisin juste avant Millau parce que lui non plus ne passait pas. Point positif quand même : je bois de l'eau sans souci. Au bout de quelques minutes, Guillaume apparaît mission accomplie, la drem team est reconstituée, nous pouvons repartir sereins. Ah oui j'oubliais un point : j'ai sauté l'arrêt toilettes en me disant qu'au ravitaillement en bas de la descente du viaduc il y aurait moins de monde. Mauvais calcul de ma part... Je grimpe vers ce foutu pont en marchant comme quasiment tout le monde il faut bien le reconnaître, accompagnateurs compris et je ne pense plus qu'à une chose : faire pipi ! Sans compter que bien sûr, mais ça vous vous en doutiez puisque vous me connaissez bien maintenant, ce ne sont pas mes bons jours. Alors voilà je vous récapitule tout : je ne mange plus, j'ai mal au ventre pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la course à pied hélas, je me vide de mon sang, j'ai envie de faire pipi et il me reste 55 bornes à faire...


On va donc s'attaquer à tous ces problèmes dans l'ordre d'importance : tant pis pour les toilettes je n'attends pas l'arrêt au stand et je fonce dans un petit chemin. L'inconvénient d'être une fille dans ces moments là : eh bien c'est simple... vous avez essayé de faire la chaise pendant 4 min après avoir déjà couru 50 km vous ? Et bien essayez tiens et on en reparle ! Pour la nourriture, je regarde mon petit sac à dos et miracle : ma compote en gourde me fait un peu envie. Je l'avale rapidement et pas de doute ça passe. Mais quelle cruche quand même !!! Je sais que j'adore ça et que ça passe toujours. Seulement là je n'en ai pris qu'une. Heureusement pour moi je suis peut être blonde mais j'ai épousé Super Guillaume, l'homme à l'intelligence supérieure et surtout à la carte de crédit magique sur ce coup là ! Je me rappelle que nous étions passé devant des magasins dans le village des 55ème km, il a donc une mission : me dégoter ces foutues compotes coute que coute. Je m'arrête au ravito pour me rafraîchir un peu et je repars. Je le récupère à la sortie du village super content de son coup puisqu'il a trouvé une boite de 16 gourdes, de quoi faire un 24H !

Nous voilà reparti et là je réalise un truc : j'aurais peut être du regarder un peu le parcours... Je ne me rappelais pas que c'était aussi long d'aller rejoindre la côte de Ste Affrique. Il fait chaud, j'en ai marre, je ne vois pas les km passer et j'en viens à attendre avec impatience le moment où je vais enfin pouvoir marcher un peu... Oui je sais ce n'est pas bien ! Mais bon je suis là et j'avance. Finalement nous ne parlons pas tant que ça avec Guillaume. Autant nous n'arrêtons pas vraiment dans la vraie vie, capable de nous appeler 15 fois par jour (merci le forfait illimité !!!), autant là c'est calme. Il me tient au courant de mes temps, me demande si j'ai soif, faim, se charge d'appeler Mireille de temps en temps et vérifie que les enfants sont toujours en vie. L'ambiance dans le peloton de coureurs est spéciale parce que quelque soit le niveau, on voit que les organismes commencent à souffrir et c'est beaucoup plus calme.

Arrive enfin la grimpette tant attendue et surtout ce que j'avais raconté à Guillaume l'année dernière, mon moment favori : la rencontre des élites ! Ils descendent à fond les ballons pour rentrer à Millau alors que nous commençons à peine notre ascension. Les hommes et très vite la femme puisque Brigitte Bec, fidèle à sa légende, va finir 4° au général. Ce qui est super c'est que nous les encourageons mais nous avons le droit à un sourire, à un bravo de leur part alors que franchement ce qu'ils réalisent me coupe le souffle.

Maintenant il faut redescendre vers St Affrique et je cherche du regard mes amis que je devrais commencer à croiser. Très vite Olivier est là mais je sens à sa voix que tout ne va pas au mieux. Pas de doute il souffre... J'apprendrais que le dernier arrêt au stand a été un peu plus long que prévu et qu'il a du tout donné pour repartir. Je suis une vraie mère poule, je m'inquiète pour mes petits... Mais où est donc Basilio ??? Je ne comprends pas, il devrait être là... Guillaume me rassure en me disant que nous avons du le croisé mais je n'ai pas lâché le coté gauche de la route et je suis sure de moi, pas de Basilio à l'horizon. Enfin il est là ! Je suis rassurée, je peux continuer. Je tente de rattraper le temps perdu dans la descente pour gagner quelques précieuses minutes de ravitaillement. Nous traversons la ville sous le regard quand même un peu surpris des badauds qui se demandent bien ce qu'on a fait dans une vie intérieure pour s'infliger ce type d'effort et voilà la fameuse salle baptisée le mouroir par pas mal de coureurs. Avantage pour moi : je me rappelle où sont les toilettes ! Je fonce, personne, super pas de temps perdu. Le problème c'est qu'il va me falloir quelques minutes pour réussir à seulement sortir des toilettes ! J'ai des frissons partout, la tête qui tourne, mouais ça ne va pas très bien... Je me rince un peu au lavabo et tombe nez à nez avec une fille qui ne ressemble plus à rien. Ah ben oui c'est moi dans le miroir ! Non mais qui a eu l'idée de laisser le miroir dans les toilettes ??? Du coup je fais escale à la table des ravitaillements pour boire un petit verre de coca et j'attrape une petite bière pour mon homme qui m'attend dehors pour un massage. Il a décidé qu'il m'en fallait un, qu'avec ça j'allais repartir comme en 40 ! Je pose mes fesses sur un muret, s'asseoir sur une chaise serait trop difficile !!! Il me masse vigoureusement les jambes à l'huile d'arnica et c'est reparti ! J'ai l'impression d'être une voiture de formule 1... Nous sommes toujours dans nos temps même si notre avance n'est qu'un lointain souvenir.

Bien sûr si nous sommes descendus vers St Affrique, cela veut dire qu'il va falloir remonter... Je pars d'un pas décidé mais il faut se rendre à l'évidence, ce n'est pas moi qui souffre le plus à ce moment présent. Guillaume a du mal à me suivre et l'écart se creuse. Je ne sais pas quoi faire ? Je reste à côté de lui au risque de l'énerver ? Je continue ma route seule partant du principe qu'il pourra me rattraper ensuite avec la grande descente ? Je choisis la 2ème option et j'avance. Je me retourne de temps en temps pour l'apercevoir et puis tout d'un coup plus de Guillaume en vue... Je panique un peu je dois bien l'avouer. J'aperçois alors une jeune femme en vélo qui est dans l'autre sens. Je lui demande alors de prévenir en passant Guillaume que tout va bien pour moi, que je l'attends au ravitaillement suivant. Elle me rassure, elle accepte la mission et part prévenir ma moitié. Je n'avais pas prévu cette situation, je ne sais plus quelle décision prendre... Je discute avec d'autres coureurs histoire de me détendre mais le cœur n'y est pas. Arrive enfin le ravitaillement où je bois un peu cherchant du regard Guillaume, telle sœur Anne ne voyant rien venir. Gilles 75 surgit et ces quelques minutes à ses côtés vont me faire du bien. On prend des photos, on discute un peu, la pression redescend. Mais le temps passe et il faut que je prenne une décision. Heureusement Guillaume apparaît et grâce à Gilles vous avez les images de ce moment. Je repars rassurée même si cela ne va pas durer.

Cette fois ci ce n'est pas Guillaume qui va craquer mais moi. Vous vous souvenez de mon problème de soutif l'année dernière et bien même lieu, mêmes effets. J'ai pourtant choisi une brassière censée être plus confortable sans attache derrière mais il faut se rendre à l'évidence, je ne supporte plus l'élastique. Est-ce que c'est parce qu'en descente, je cours plus vite (enfin tout est relatif chez moi bien sur !) et mes poumons ont besoin de plus de place ? Je ne sais pas, en tout cas une chose est sure : je n'arrive plus à respirer. Il est hors de question que j'attende aussi longtemps que l'année précédente pour prendre une décision et il faut agir vite. Oui mais voilà : j'ai une robe et une brassière qui ne se décroche pas derrière... En quelques secondes, après plusieurs essais infructueux sur la route, je décide de foncer sur le côté, de faire voler ma robe et ma brassière et de repartir enfin libérée de toute contrainte. Guillaume ne dit trop rien même si je sens qu'il aurait bien tenté un « euh Chérie là il y a tous les coureurs qui voient tes seins » mais je suis trop bien. La brassière rejoint le petit panier avant et va finir sa course là. J'ai juste le temps de crier : « pour Noël je veux des nouveaux seins » et c'est reparti.

Oh pas longtemps je vous rassure... La descente est finie pour mon plus grand désespoir et maintenant nous sommes sur une zone plate qui dure, mais qui dure... Pas moyen d'avancer, je me traine lamentablement et ce ne sont pas les encouragements de Géraldine qui y changent quelque chose hélas. Je décide de faire un peu de cyrano pour souffler partant sur du 9 - 1. Guillaume est chargé de donner le tempo même si je râle en lui disant que franchement le temps ne passe pas vite. Il ne dit rien mais je sais ce qu'il pense : « eh ben si on y va à ce rythme, on n'est pas couché !!! ». J'ai mangé une compote et je ne rêve que d'une chose : la montée au Viaduc. C'est quand même un comble de souhaiter plus que tout une grimpette histoire d'avoir une excuse pour marcher un peu. La nuit tombe, il commence à faire un peu froid et je compte les km. Je me souviens que l'année dernière ce foutu viaduc avait mis de longues minutes avant d'apparaître, il en sera de même cette année. Guillaume me suit à pieds, ce n'est pas la peine de tenter la grimpette façon tour de France. Il me rassure en me disant que nous serons sous les 12h30 si tout va bien, que je ne dois rien lâcher, que tout est bientôt fini.

Le fameux rond point : tous ceux qui ont couru Millau le connaissent. Il se situe sous le viaduc et il est synonyme de descente que ce soit à l'aller comme au retour. Enfin je retrouve mon élément. Plus la ville de Millau approche, plus je vais vite. Je ne sais pas où je trouve cette énergie mais je dévale ces km aussi vite que mes jambes peuvent le faire. Nous rattrapons le groupe des 12h et je dois même crier qu'ils me fassent de la place. Il y a plusieurs vélos et coureurs et je suis tellement épuisée que de toute façon en cas d'écart de l'un d'entre eux ce serait la collision assurée. Je crie « poussez vous les garçons, je ne maitrise pas le freinage ! » et ils s'écartent à la fois surpris et hilares de voir cette furie blonde dévaler suivi de son fidèle destrier qui se demande bien à quelle vitesse je peux bien courir. Il fait trop noir pour voir le compteur ! Géraldine est en vue, je la rattrape bien décidée à finir avec elle. Nous continuons toutes les 2 laissant nos hommes papoter derrière échangeant sur la dure réalité de l'accompagnateur en vélo. C'est plat maintenant mais nous ne lâchons rien. Même Géraldine a l'air surprise de courir encore à cette vitesse. Nous sommes flashées devant une école à 11km/h ce qui est certes une vitesse ridicule pour beaucoup mais je peux vous dire qu'après 95 km dans les pattes vous avez l'impression de voler.

Géraldine fait le choix de s'arrêter au dernier ravitaillement mais je continue ma route, je veux finir. A cet instant je suis persuadée qu'elle va me rattraper. Elle est meilleure que moi et je me dis que le peu d'avance que je vais prendre ne lui posera pas de problème. Vont suivre 5km d'enfer... Je ne lâche rien, Guillaume est là à côté qui joue le rôle de coach comme il ne l'a jamais fait. Je lui ai dit que passer sous les 11h48 histoire de mettre une heure de moins que l'année dernière ce serait parfait pour moi. Alors il va tout faire pour... Il me tient moralement, m'encourageant sans cesse. J'ai les jambes lourdes à un point que vous ne pouvez pas imaginer mais je donne tout pour les soulever, pour retrouver une foulée qui ressemble à une foulée. Même dans les petites montées que nous allons encore avoir je ne ralentis pas. Mais bon sens où je prends toute cette énergie ??? J'encourage ceux qui marchent, qui sont dans la souffrance au passage. Nous sommes au 99ème km et Guillaume m'annonce la bonne nouvelle : « tu as 7 min pour faire 1 km ! ». Je devrais y arriver quand même... La ligne droite qui m'emmène au parc est là et je continue. Je ne lâche rien, je pourrais mais je veux juste finir au plus vite cette foutue course ! Je double même si un coureur surement atteint dans son orgueil de mâle me rattrape pour ne pas perdre une place au classement à cause d'une fille déchaînée. Je me marre intérieurement... ça y est je suis dans le parc, le public est là, formidable alors qu'il est tard. Il faut avouer que le fait d'être une femme est un sacré avantage. J'entends Guillaume qui me crie : « fonce je te retrouve là bas » et c'est parti pour le sprint final ! Je grimpe jusqu'à l'arche et enfin je peux souffler.

Ce 100 km est enfin fini !!! Je me retourne pour chercher Géraldine du regard et il ne faut que 40 sec pour qu'elle apparaisse. Même si je n'ai jamais douté sur sa capacité à finir cela me fait rudement plaisir de pouvoir la serrer dans mes bras. C'est seulement là que je réalise le temps que j'ai mis : 11h41, alors que Guillaume m'avait dit que j'étais juste en dessous de 11h48. Il arrive enfin et m'avoue un truc : il me mentait depuis plusieurs km pour me donner de la marge !

Olivier est là bien sûr comme Basilio et Symphorien. Ronald n'a pas l'air au mieux moralement mais c'est normal. Il nous manque Eric et Cécil mais je sais grâce à Mireille qu'il est à 15 km de là et que donc il va finir. J'ai appris en route que cela ne se passait pas au mieux mais je les ai croisés en remontant de St Affrique et Cécile était déchaînée. Je sais qu'elle avait l'énergie pour 2 !

Je suis heureuse et je crois que les photos parlent pour moi !!! Mais ce n'est pas tout ça mais nous ne sommes pas d'ici. Il faut rentrer parce que nous avons promis aux enfants d'être là pour le petit déjeuner dimanche. En quelques minutes, je me change, je rince à la lingette et je grimpe dans la voiture. Nous avons 3 heures de route et nous savons tous les 2 que cela va être dur. Arrêt à la station service pour mon magnum et c'est parti. La route va être aussi éprouvante que le 100 km en lui-même. Nous faisons des arrêts réguliers. Je me marre parce que lorsque nous sortons de l'autoroute, je lis 100 km. Je lui dis : « tu réalises qu'on a fait Clermont Ferrand chez nous en courant ? ».

Guillaume aura ces derniers mots qui seront la conclusion de cette journée inoubliable pour nous 2 : « non mais c'est vraiment un truc de malade quand même ! ».


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Gérardmer, au pays du Triathlon

Écrit par Cécile on .

Le Triathlon de Gérardmer

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Pour moi le monde du triathlon se résume à peu de chose : l'Ironman d'Hawaï et encore c'est plutôt le mot Hawaï qui me parle sur ce coup là et le triathlon découverte que notre Brinouille nous a fait récemment. Quand l'invitation du Conseil Général des Vosges est tombé sur mon mail pour aller découvrir le plus grand Triathlon de France de part son nombre de participants je me suis dit que c'était l'occasion ou jamais d'aller voir de quoi il en retournait.

La ville de Gérardmer réputée également pour son festival de films fantastiques vit tout un we autour du Triathlon puisqu'ils en organisent plusieurs : le XL (1,9 km de natation - 93 km de vélo - 21 km run) ; le DO ou distance olympique (1,5km de natation - 40 km de vélo - 10 km run) ; le Découverte (500 m natation - 20 km vélo - 5,5km run) et très rare un trikids (100m piscine - 2,5km vélo - 600m run pour les plus jeunes et 200m nage mais dans le lac - 4km - 1,5km pour les plus grands).

Donc vous avez bien sûr compris le principe, il s'agit d'enchainer les 3 sports de préférence le plus vite possible. Je suis arrivée trop tard samedi pour voir le départ dans le lac du XL mais je suis sur le bord de la route pour voir l'épreuve de vélo et là je comprends vite un truc : ils ne sont pas là pour rigoler les mecs ! Je dis les mecs parce que sur le XL il faut bien reconnaître que les femmes ne sont pas non plus très nombreuses. Ils dévalent les petites routes des Vosges à une vitesse digne du tour de France ou de ce que j'en imagine n'ayant jamais assisté à cette grande messe du vélo. En tout cas ils ont l'air de pros ! Nous fonçons rejoindre la ville de Gérardmer pour déposer les valises à l'hôtel et je fonce à l'arrivée vélo pour voir le départ de l'épreuve de course à pied. Les premiers arrivent déjà et là je découvre le bonheur de ce sport : le déshabillage !!! En une fraction de secondes, le premier descend de son vélo et le jette au bénévole qui attend là pour aller le ranger sur le grand parking transformé en antre du triathlon. Quand on connaît le prix des petits bijoux qu'ils utilisent pour le vélo moi je le donnerais beaucoup plus gentiment mais bon... Et là il court sur le tapis prévu à cet effet pour aller récupérer son sac avec ses chaussures de running dedans tout en se déshabillant, quoiqu'il n'a pas grand-chose à enlever vu que ses chaussures sont restées sur le vélo et qu'il n'a pas mis de chaussettes. En quelques secondes le cycliste s'est mué tel superman dans sa cabine téléphonique en coureur et c'est parti pour 3 tours de lac à fond les ballons. Ne pouvant tester l'épreuve de vélo et encore moins celle de natation (19° l'eau... il parait que je suis bretonne mais je penche pour une origine tahitienne...) je suis allée courir sur la fameuse boucle. Et oui j'ai beau être ici en touriste je me rappelle que je suis aussi une coureuse et j'ai un 100 bornes moi à préparer. Assez naïvement je m'attendais à un parcours très roulant mais il n'en est rien. Ok ce n'est pas la 6000D on est d'accord mais c'est loin d'être tout plat. Les coureurs continuent à arriver et force est de constater que tous n'ont pas fait de stage strip tease avant de venir là. Plus le niveau diminue (même si franchement quand on voit ce qu'ils font je n'aime pas trop dire ça), plus la technique faiblit. Le matériel également n'est pas du même niveau non plus et allez j'ose le dire même si je vais me prendre des cailloux, le physique n'est plus le même. Parce qu'il faut dire les choses comme elles sont : les champions de triathlète sont gaulés comme des dieux !!! La pratique de ces 3 sports sculpte les corps comme jamais et je me suis crue dans une galerie d'un musée de Florence avec tous ces corps de marbre sauf que les miens de corps ils bougent et sont bien vivants. Maintenant je ne suis pas sure que ce soit la cible idéale pour vous les filles (j'avais mis le « nous » et je me suis tout d'un coup rappelée que j'étais mariée !)... Je m'explique : le triathlète, s'il veut s'entraîner correctement n'a plus de vie sociale ou alors seulement avec ces copains de la même espèce (vous avez vu le temps que cela prend de préparer un marathon... alors 3 sports !), doit se nourrir exclusivement de blanc de poulet et de fromage blanc 0%, va vous piquer votre crème dépilatoire toutes les semaines sans reboucher le tube ou pire encore vous niquer notre arrache poil sans s'excuser et bien sûr surcharger votre corbeille de linge sale avec non pas 1 tenue de sport mais 2 si on part du principe qu'il estime avoir lavé son maillot sous la douche à la piscine mais celui là trainera par terre sur la moquette parce que c'est bien connu ça sèche mieux en boule ces trucs là !!! Vous ne pourrez pas partir en vacances pendant 3 ans pour rembourser le crédit pris pour acheter le dernier vélo trop top indispensable qu'avec ça le pauvre Lance a l'air de faire du vélo avec des petites roues et vous n'aurez pas le droit de vous acheter le dernier maillot de bain Eres à 150€ alors que lui trouve tout à fait normal de s'offrir une combinaison à 500€ pour aller se baigner dans toutes les eaux saumâtres de France. Et allez, pour vous achever, je vous révèle un truc que certains connaissent : ils n'ont pas froid dans leur combi parce qu'ils font pipi dedans... Voilà c'est dit !!! Cette rumeur déjà entendue m'a été confirmé par une journaliste spécialisée dans ce domaine. Donc les filles vous avez compris : le triathlète c'est comme le rugbyman ça se regarde de loin sur un calendrier ou sur un parking à Gérardmer mais ça ne s'approche pas !!!

Bon revenons en à nos moutons parce que là je m'éloigne à grands pas. Je ne vais pouvoir voir que les premiers parce que dans le cadre de mon week-end on m'offre la découverte d'une activité VTT. Me voilà donc partie voir la ligne bleue des Vosges sous la pluie donc pas très bleue la ligne... Bon allez pour celles et ceux qui ne le sauraient pas, je rappelle d'où vient cette célèbre expression : le général qui a tracé cette route destinée à ravitailler nos soldats pendant la première guerre avait un crayon bleu ce jour là. Comme quoi l'histoire tient à peu de choses. Imaginez s'il avait eu un crayon rose Hello Kitty... Bien sûr on ne nous lance pas sur les petits chemins vosgiens comme ça et j'ai le droit à un vrai champion comme accompagnateur à savoir Rémy ABSALON, champion de VTT de descente si j'ai bien compris (IRWEGO, www.irwego.com).Son frère est au moment où nous pédalons en train à l'autre bout du monde de tenter de gagner le titre de champion du monde (Julien Absalon, double champion olympique a raté d'un cheveu son 5e titre mondial en cross-country lors des Championnats du monde de VTT). Autant dire que le garçon va doucement rigoler avec « Barbie découvre le VTT ». Son collègue Gwen FOUCHE assure la logistique en voiture. Pour la petite histoire, encore une autre celle là mais très loin de la grande Histoire, je ne suis pas remontée sur ce type d'engin depuis le Raid Vittel Amazone. Et encore remonter est un grand mot puisque ce jour je n'avais pas fait 400 m que j'étais déjà par terre sous l'œil consterné de mes coéquipières qui se demandaient bien ce qu'elles avaient fait dans une vie antérieure pour mériter de se trimbaler une empotée pareille. Dieu merci le relief sera tel par la suite que nous avons plus poussé le vélo que réellement pédalé. Me voilà donc avec mon engin entre les mains. En quelques secondes on m'explique les plateaux, les vitesses et il y en a pleins. J'ai déjà mis des années à accepter de passer mon permis de conduire parce que 5 vitesses je trouvais ça trop et là il parait que j'en ai 8 !!! Et comble du cauchemar le freinage est à disque. N'allez pas croire que je sais de quoi je parle mais tout ce que je peux dire c'est que ça freine fort et qu'il faut apprendre à gérer tout ça sous peine de se retrouver à faire l'oiseau mais de façon moins sympathique que dans la chanson de Fugain. Et nous voilà partis puisque nous sommes plusieurs, 2 autres journalistes sont à mes côtés. Après des débuts laborieux, c'est peu de le dire, je vais finir par m'y faire même si je reste bien derrière et que j'aurai des crampes aux mains tellement je suis accro à mes freins. Notre accompagnateur est champion de descente, il a bien du se marrer en me voyant faire ! Mais comme c'est un pro c'est limite s'il ne me félicite pas. Blague à part, je découvre quelque chose : je suis toujours morte de peur dès que je monte sur un 2 roues, mon accident de moto m'a traumatisée plus que je ne le pensais. Il va donc falloir remédier à tout ça parce que cela ne peut plus durer. En tout cas la balade vaut le coup et je rêve de pouvoir revenir un jour dans le coin mais là avec des runnings aux pieds pour m'éclater.

Retour à Gérardmer pour une petite sortie footing. Je n'ai pas beaucoup de temps avec mon massage du soir (oui je sais...) mais je suis en manque. J'ai décidé d'aller explorer le tour du lac dans l'idée de repérer les lieux pour ma sortie longue prévue le lendemain matin avant l'ouverture des hostilités à 8h avec le départ du découverte. Je profite donc du parcours sécurisé sous le regard des spectateurs encore présents et des athlètes qui rentrent à leur voiture ou à leur hôtel. Je suis en vitesse 100 bornes donc pas de violence c'est les vacances ! Alors que je suis à 2km de l'arrivée j'aperçois un coureur au loin et en une fraction de secondes je comprends : j'ai devant moi le dernier du triathlon XL qui est clairement à la peine. J'accélère un peu et je suis là à ses côtés. Son dossard me confirme que mon intuition était la bonne. Voilà comment j'ai fait connaissance de ..... Et c'est parti pour 2km de papotage accompagné de l'arbitre sur son VTT qui accompagne le dernier. C'est vraiment formidable de vivre des moments comme ça. Au dernier ravitaillement où nous ne nous arrêtons pas, les bénévoles sont là pour l'accueillir et lui font une haie d'honneur avec « ola » comprise. Je le lâche juste avant l'arrivée parce que ce n'est pas ma course et surtout parce qu'il faut que je fonce à l'hôtel pour une petite douche avant ma rencontre avec Céline aux mains de fée. Mais même là je ne vais pas débrancher tout à fait puisque je finirai en lui donnant l'adresse du site de mon tour du monde pour son père coureur !!!

Dîner et retour à l'hôtel pour essayer de dormir un peu, je me lève tôt le lendemain pour courir. Je dors très mal comme toujours avec la pleine lune et je n'ai même pas besoin du réveil pour me retrouver à 6h du mat dans les rues de la ville endormie. Là encore je compte bien profiter de la logistique qui m'est offerte pour courir 1h45. J'aurai le droit à des images superbes qui m'ont fait regretter de ne pas avoir eu l'appareil photo. La nuit claire, le lac brumeux, le lever du soleil, de vraies images de cartes postales ! 7h45 je fonce à l'hôtel pour enfiler un tee shirt sec (on verra pour la douche après...) et retour sur la ligne de départ. Je ne veux pas le rater celui là ! Evidemment je vais tomber sur un copain qui accompagne son épouse avant d'encourager son fils sur le tri kids. C'est ensemble donc que nous allons rejoindre le ponton pour assister aux 40ème rugissants. Il y a plusieurs écoles : le port de la combi genre épaisse qui boudine ou carrément les courageux en maillot de bain qui pour certains vont d'ailleurs le garder jusqu'au bout. Je tomberai sur une jeune femme superbe dans son combi et jusqu'au bout des ongles qu'elle a pris le soin de vernir de rouge, assorti au bonnet réglementaire.

Le départ est donné et c'est parti ! Les nageurs foncent dans l'eau et très vite on a l'impression que l'eau bout tellement elle est agitée. Les premiers se détachent et là aussi 2 écoles s'opposent : les prudents qui attendent un peu avant de se jeter dans la mêlée et les autres qui n'hésitent pas à jouer des coudes pour trouver leur place. Mais déjà il faut repartir vers la ligne d'arrivée pour les voir sortir de l'eau. Eh oui je vais découvrir quelque chose que je ne soupçonnais pas, c'est épuisant de suivre un triathlon ! On court d'un endroit à l'autre pour encourager son champion et ça va vite puisque le « découverte » est aussi fait pour ça. C'est fabuleux à vivre en tout cas et je vous encourage à y aller un jour en spectateur à défaut de concurrent. Le vélo est à peine commencé que je me précipite à l'arrivée pour voir les premiers coureurs passer la ligne. C'est tout simplement époustouflant ! Je suis crevée et affamée ! Je fonce à l'hôtel pour un petit déj reconstituant et surtout une douche par pitié pour mes collègues du jour. Retour au bord du lac très rapide puisque je veux voir les jeunes qui sont partis pour leur triathlon sur mesure. Le vélo est en train de se jouer et ils sont stupéfiants ces ados. Ils vont à une vitesse délirante et la maman que je suis a envie de crier « mais tu es fou !!! Ralentis tu vas tomber... ». 2 remarques à ce sujet me viennent à l'esprit :

-          Alors qu'on nous vend à longueur de magasines que nos adolescents sont amorphes au fond du canapé à picoler et fumer joint sur joint tout en jetant un œil lointain sur facebook histoire de voir si leur 1328 « amis » sont connectés, on oublie qu'il y a des ado sains de corps et d'esprit qui font du sport et se donnent à fond.

-          Autre point qu'il faut vraiment souligner : la présence des filles !!! Elles représentent presque la moitié des concurrents. Et elles sont où après toutes ces filles qui ne lâchent rien face aux garçons ? On nous rabâche les oreilles en nous racontant que nous avons gagné l'égalité hommes femmes et patati et patata mais il faut bien se rendre à l'évidence : les filles rendent leur dossard en devenant épouse ou mère. Il va falloir qu'on s'occupe de créer un « triathlon au féminin » moi je dis !

Les premiers arrivent déjà, épuisés mais pleins de volonté pour finir au sprint, stupéfiant les animateurs peu habitués à ce type de compétition et découvrant comme moi la volonté de fer de ces enfants ne voulant rien lâcher jusqu'au bout.

Mais déjà il faut aller rejoindre le départ des petits qui feront leur épreuve de natation dans la piscine municipale. Pour des raisons de sécurité évidente, ils partent par vague dans le grand bain pour 4 longueurs avant de faire comme les grands : courir récupérer leur vélo, pédaler à fond les ballons, poser tout ça et foncer pour 600 m. Ok il faut dire les choses comme elles sont : un gamin de 8 ans ne se réveille pas un matin en disant à ses parents qu'il veut faire un triathlon... Papa la plupart du temps est derrière la vocation soudaine de son gamin qui trouve là un moyen de se rapprocher de son père. Je peux difficilement dire « sa mère » vu le peu de femmes présentes ce jour là. Mais bon c'est toujours mieux que de manger du pop corn en regardant « bob l'éponge »... En tout cas là aussi ils se donnent à fond et les filles ne sont pas en reste ! Il faut les voir sprinter sur la ligne d'arrivée histoire de doubler au dernier moment un copain un peu plus fatigué qu'elles. Les premiers passent la ligne et je dois vous avouer quelque chose : je pleure derrière mes grandes lunettes noires... je n'aurais jamais pensé que je serais autant bouleversée devant ces gamins qui se donnent à fond, savoir qu'une des participantes a passé le mois d'août à s'entrainer pour apprendre le crawl uniquement pour ce jour là (j'ai discuté avec papa !!!), les voir fiers avec leur médaille autour du cou (ce sont les seuls qui ont le droit d'ailleurs à ce privilège, il n'y en a pas pour les adultes). Beaucoup vont l'avoir autour du cou tout l'après midi, fiers comme tout. On repère tout de suite ceux qui ont des facilités évidentes : les filles aux jambes de gazelle, les garçons qui ont déjà la foulée « pro » mais il y a aussi des petits bouts adorables qui se donnent à fond.

Je suis encore toute bouleversée quand je rejoins le départ du DO (distance olympique). Grâce à des collègues journalistes je vais avoir une chance folle : une place dans un zodiac ! C'est donc de l'eau que je vais vivre le départ et pouvoir suivre les premiers pendant plusieurs centaines de mètres. Là encore même si les distances se rallongent j'ai vraiment le sentiment que ça va très vite. Grâce à mon badge je vais vivre le départ du vélo au cœur de l'action, au milieu des coureurs. Je me fais toute petite pour ne pas les gêner et pas de doute j'adore l'ambiance !

Là encore le public est à fond dedans, court d'un point à un autre, crie lorsqu'il aperçoit son champion. Comme il y a les prénoms sur les dossards, je fais de même et je vois à la surprise dans le regard de certains coureurs qu'ils se demandent qui les encourage comme ça. Je suis à fond dedans, une vraie groupie ! Je n'aurais jamais imaginé vivre ça un jour sur une épreuve sportive qui n'est pas la mienne il faut bien le reconnaître. Même si je dois bien avouer que cela m'a fait envie, je ne me sens pas prête du tout à ce type d'enchainement. Surtout parce qu'on sent bien qu'on est toujours sur un fil et que la chute n'est jamais loin. Je ne suis pas assez casse cou contrairement à ce qu'on pourrait croire.

Retour à Paris avec la jolie surprise de voir Divi complètement par hasard dans le train.
Week end parfait au pays du triathlon en tout cas. Je ne saurai que trop vous conseiller d'aller un jour en spectatrice sur ce type d'évènements, ça vaut vraiment la peine.
Barbie

Les photos sont là !